Syndicat CGT Salaisons Celtiques
Selon ses propres dires, Gérard Walck a été «mis au placard, en dernière position dans le classement du
personnel», par la CPAM de Metz, son employeur, «du seul fait de ses activités syndicales ».
A la veille des élections prud’homales, l’Union départementale (UD) CGT marque le coup, sur le cas de son ancien secrétaire, engagé depuis 1977 et privé, selon l’enquête de la Haute autorité de
lutte contre les discriminations dans sa délibération du 27 octobre 2008, «de tout déroulement de carrière » depuis cette date. «Je suis un enfant de 68 et je suis élu
secrétaire de l’UD dès 1974. Dès ce moment-là, je me suis fait crucifier. Et à bien y regarder, je suis loin d’être le seul. Rien que dans les CPAM de France, il y en a combien ? A la caisse
d’allocations familiales de Metz, il y a cinq dossiers en cours pour discrimination syndicale », lâche le plaignant.
Gérard Walck, rapidement détaché pour ses fonctions de représentant des salariés, ferraille avec «sa» caisse depuis plusieurs années, pour qu’elle compense aujourd’hui le fait de ne pas l’avoir
noté depuis trente ans, bloquant ainsi son avancement et toute progression pécuniaire. «En 1999 et en 2005, j’ai demandé à la direction de revoir ma situation. Elle a refusé. Aujourd’hui,
la Halde dit sans détour qu’il y a eu discrimination, ce que l’inspection du Travail avait déjà établi dans un procès-verbal du 21 décembre 2006 ! », argue le cégétiste.
Son avocat, Me Ralph Blindauer : «Le dossier est trop clair. Je ne comprends pas pourquoi son employeur tergiverse. Le nouveau droit syndical intègre le déroulement de carrière ! Je m’y
perds des fois entre les intentions gouvernementales d’avoir des syndicats forts et cette manie de vouloir en même temps couper des têtes. »
Sur le fond, son argumentation se fonde sur la reconstitution de la progression de salariés ayant commencé à la même époque que Gérard Walck : «C’est ce que la Halde pointe : dans
l’impossibilité de le noter sur la base de situations professionnelles, la CPAM aurait dû appliquer le principe selon lequel l’évolution annuelle de la rémunération doit être comparée à la
moyenne des évolutions de l’ensemble des agents de même emploi ou, à défaut, de même qualification. »
Plainte classée sans suite
L’avis de la Haute autorité, signée de la main de son président, Louis Schweitzer, s’appuie sur la jurisprudence de la chambre sociale de la Cour de cassation pour épingler la CPAM messine.
Interrogé hier par téléphone, son directeur, Dominique Clément, ne souhaite pas commenter «ce qui n’est pas une décision de justice mais juste un avis, fut-il celui de la Halde ».
Pour lui, «c’est une affaire comme une autre. Elle est pendante devant le conseil des prud’hommes de Metz. Le procureur de la République de Metz avait classé la plainte sans suite, estimant
que l’élément intentionnel de l’infraction (la distorsion de salaire, NDLR) n’était pas constitué ». Gérard Walck, qui demande plus de 120 000 € de rattrapage, remarque que la
caisse nationale (UCANSS) vient de lister tous les permanents syndicaux. «Histoire de provisionner les dommages et intérêts ! Ça va faire tache d’huile. »
Ces deux enseignes appartiennent au groupement des Mousquetaires. C'est pourquoi André Trébouta, directeur d'Intermarché et de Netto à Pontivy, et
Jean-Pierre Le Roch, président de Pontivy-communauté, organisaient, hier matin, une visite des deux sites, en présence de la sous-préfète, Corinne Chauvin. L'objectif : informer les élus
du pays.
Améliorer la productivité
« Il est important de montrer que sur le bassin pontivyen, il y a des investissements en cours, a expliqué Jean-Pierre
Le Roch en préambule, la crise est profonde mais il y a des gens qui croient en notre réseau agroalimentaire ! ».
À Cléguérec, l'usine est saturée. L'extension doit lui permettre d'augmenter ses capacités de production avec, notamment, l'ouverture d'une nouvelle ligne de viennoiserie.
L'agrandissement sera aussi l'occasion d'automatiser certaines activités comme le refroidissement des pâtes.
Une bonne nouvelle pour Marc Ropers, le maire de Cléguérec. « Les Moulins sont le premier employeur de la commune avec cent trente salariés. Même si la taxe professionnelle revient
aujourd'hui à la communauté de communes, nous en profitons aussi. »
Un plan d'embauche encore timide
L'usine Onno, basée sur le site de Tréhonin à Pontivy, est aussi une « marque propre », c'est-à-dire exclusive, du groupement des Mousquetaires. Depuis 2007, l'entreprise a
investi quelque cinq millions d'euros pour améliorer ses performances. La hausse de son activité d'emballage lui a ainsi permis d'accroître sa production de 10 % en trois ans.
« Pour permettre son extension, nous avons vendu à Onno un terrain de trois hectares qui appartenait à Pontivy-communauté. N'oublions pas que derrière l'investissement il y a du travail
pour l'entreprise et des créations d'emplois », relève Jean-Pierre Le Roch.
Mais si le conditionnement a créé de nouveaux postes, l'automatisation de la production en a supprimé d'autres. L'effectif reste donc constant avec plus de deux cents salariés sur le site de
Tréhonin.
À Cléguérec, l'extension doit d'abord permettre d'améliorer la productivité. Dans un second temps, les Moulins espèrent bien développer leur activité commerciale. Si les résultats s'avèrent
positifs, de nouvelles embauches pourraient avoir lieu d'ici deux à trois ans.
Pour le syndicat, la grande distribution est responsable de la situation. « Nous défendons votre pouvoir d'achat, disent-ils. En fait, ils provoquent les bas salaires, voilà la
vérité. »
Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, est aussi la cible des critiques. « Sa position est contradictoire. D'un côté il défend le libéralisme en ne votant pas contre l'augmentation de
la production laitière au niveau européen. De l'autre, il demande aux industriels de collecter l'ensemble de la production. S'il veut un service public du lait, qu'il le
dise ! »
Entremont-Alliance emploie 4180 salariés. A Quimper, 210 personnes travaillent chez Entremont, 115 dans sa filiale Beuralia.
Les difficultés financières du groupe Entremont font des vagues jusqu'en Franche-Comté où la filière joue son avenir. Aujourd'hui, Entremont produit 15 000 tonnes de comté et fait vivre 49 coopératives…
Le groupe Entremont Alliance (troisième société laitière de France, 1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires et 4 200 salariés) va-t-il disparaître ? Ce n'est pas impossible tant ses difficultés financières sont aujourd'hui importantes. À l'heure où les spécialistes évoquent un possible dépôt de bilan, le comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) cherche des solutions, parmi lesquelles une fusion ou un rachat par d'autres multinationales, notamment Lactalis. Or, il faut savoir que dans le Jura, Entremont est très présent par l'intermédiaire de sa filiale Juragruyère installée à Poligny et à Vevy, mais aussi à travers la fromagerie de Courlaoux, Jura Terroir à Pont-du-Navoy et Eurosérum à Poligny. Au total, cinq sites et 166 salariés.
En fait, l'avenir d'Entremont concerne les Jurassiens essentiellement au niveau du comté. Le groupe travaille avec 49 coopératives et produit 15 000 des 50 000 tonnes annuelles de comté. C'est dire que toute la filière franc-comtoise se demande à quelle sauce elle risque d'être mangée. Selon les options qui se profilent, la situation jurassienne peut devenir très difficile. Première hypothèse, le rachat par Lactalis (la marque Président) qui a déjà repris la fromagerie de Vercel (Doubs) et qui est aujourd'hui présent au conseil d'administration du CIGC. Ces derniers, temps, les relations avec Lactalis n'ont guère été faciles pour les Francs-Comtois et la perspective d'être « repris » par le premier groupe laitier français n'enthousiasme guère les producteurs de la région. Seconde hypothèse, le rachat par d'autres groupes français ou étrangers avec la perspective d'un dépeçage par activités (emmenthal, fromages sous label de qualité, lactosérum). Autre hypothèse, un rachat de l'activité comté par la fédération des coopératives laitières du Jura et du Doubs qui a constitué voilà quelque temps un fonds d'intervention, justement dans le cas où un séisme de ce genre surviendrait, mais aujourd'hui, la FDCL n'a pas les reins assez solides. Enfin, dernier cas de figure (c'est la position actuelle d'Entremont) le groupe trouve un accord avec les banques pour se refaire tout seul. Peu probable. En attendant, la filière constate avec une relative impuissance que tout le système qu'elle a mis en place depuis 20 ans pour survivre risque d'imploser.
Armand Spicher
Le président du CIGC est peut-être utopiste, en tout cas il croit à une solution où les acteurs régionaux auraient leur place : « si Lactalis reprend Entremont, ça ne changera rien dans un premier temps, mais on sait que ce groupe ne fait pas dans la dentelle. Même si on a de très bons contacts, demain les choses peuvent changer, donc ce cas de figure aura un impact sur la filière. » Il défend l'idée d'un fonds d'investissement comtois, même s'il n'a aucune assurance sur l'avenir de cette option : « ce projet régional doit se faire avec les collectivités. Pour que Juragruyère continue de vivre, on doit avoir une minorité de blocage. Si Lactalis a besoin de comté, on peut imaginer des partenariats avec Juragruyère où les régionaux auraient des parts. On a besoin qu'il n'y ait pas de majorité hégémonique, avec des gens qui travaillent sur le produit et pas le côté financier. En quoi Lactalis aurait intérêt à terrasser tout le monde dans la région ?»
Des solutions régionales sont-elles possibles ?
La situation est pour le moins confuse dans le dossier Entremont. Selon Alain Troalen, le responsable de la communication du groupe savoyard, il n'y a rien à dire. Silence radio. À peine quelques mots pour reconnaître que, oui, Entremont est « dans une situation financière assez tendue », mais qu'un accord a été trouvé avec un partenaire financier. Autre précision émanant du groupe : le problème de fond est celui du lait, sous-entendu le comté est anecdotique et -de toute façon- c'est une production « rentable pour tout le monde ».
Ce qui est certain, c'est que le comité interministériel pour la restructuration industrielle planche sur diverses solutions. Gérard Bailly, sénateur du Jura, confirme que le Ciri regarde si l'actionnaire principal va s'adosser à un autre groupe ou s'il va être vendu par activités : « peut-être le comté peut-il sortir du groupe Entremont ? On ne sait pas, l'actionnaire principal n'a peut-être pas dit son dernier mot. Ce qui est certain, c'est qu'il y a déjà un moment qu'on dit à la filière que le poids d'Entremont est trop lourd et si demain les affineurs et la profession créent une caisse commune en apportant des capitaux, rien ne pourra se faire sans le Crédit Agricole !» Pour Bernard Marmier, le président de la fédération des coopératives laitières du Doubs (qui produit la plus grosse partie du comté) « on n'a pas les reins assez solides pour faire une proposition. Le fonds d'investissement n'est pas à la hauteur de ce qu'on s'était fixé. Je n'imagine pas de partenariat avec Lactalis, par contre, on peut s'appuyer sur des partenaires industriels, je pense plutôt à l'interprofession, on est très sensible à des valeurs comme la maîtrise des volumes, la répartition. Après, il faut voir. De toute façon, on sera obligé de trouver des accords, mais c'est un sujet très délicat et on a assez peu d'informations sur ce dossier. » Une position reprise par le directeur de la fédération des coopératives laitières du Doubs et du Jura, Pierre-François Bernard : « ce qui nous intéresse, ce sont des solutions régionales, mais on ne peut pas rester insensibles au sort d'un des principaux transformateurs et on va rester très vigilants. »
La direction de Carrefour prend la démarche des salariés « au sérieux »
Alors que 200 employés de Carrefour du Rhône et de l'Isère vont déposer, aujourd'hui, devant les prud'hommes, des requêtes, en vue d'obtenir des rappels de salaire (lire notre édition d'hier), Jean-Marc Assael, directeur régional de Carrefour à Lyon a déclaré hier « prendre l'affaire très au sérieux ».
« Nous ignorions qu'ils étaient autant à s'engager dans cette démarche », a-t-il précisé, avant de nuancer :
« Cela concerne 200 salariés sur plus de 4 000 (dans les dix hypermarchés du Rhône et de la Loire, NDLR). »
« Nous ne payons pas nos collaborateurs en dessous du Smic. Aujourd'hui, le moins payé des salariés est rémunéré 5,5 % de plus que le Smic, soit 1 417,35 euros brut mensuels. Cette somme
inclut le forfait pause qui fait partie de la rémunération », a-t-il avancé.
Et d'ajouter : « Nous changerons notre système de rémunération si la loi évolue, mais ce sera indépendamment de cette affaire-là. »
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